Brest, port des records
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2004 – Francis Joyon

Francis Joyon établit un nouveau record autour du monde. 72 jours 22 heures 54 mn 22 sec de Brest à Brest en solo

Francis Joyon a passé ce matin, mardi 3 février 2004, à 7H 54 mn 16 sec (6H54mn TU) la ligne d’arrivée du Record du Tour du Monde en Solitaire. Un passage effectué dans des conditions météo musclées : mer formée et vent soufflant à plus de 35 noeuds.
Parti de Brest le 22 novembre dernier à 8H 59 mn 54 sec (heure locale), le navigateur du trimaran IDEC aura mis 72 jours 22 heures 54 mn 22 sec pour boucler sa circumnavigation. Pulvérisant tous les records autour du monde en solitaire, Francis Joyon entre dans la légende.

Après trois ans sans nouvelles de l'expédition de La Pérouse et en dépit des difficultés politiques qui ébranlent la France. À la demande du Roi et de plusieurs sociétés savantes, l’Assemblée nationale ordonne, au début de l’année 1791, l’organisation d’une expédition de recherche, mais aussi « utile et avantageuse à la navigation, à la géographie, au commerce, aux arts et aux sciences. »

Claret de Fleurieu, qui avait largement participé à la préparation de l'expédition La Pérouse, se charge de nouveau de la préparation de cette expédition de secours. Deux gabarres, La Truite et La Durance, sont aménagées et rebaptisées La Recherche et L'Espérance.

Dans le port, au comble de l'agitation, la Recherche et l'Espérance sont en armement. Elles doivent naviguer de conserve dans une expédition commandée par Bruni d'Entrecasteaux. Louis XVI a confié au contre-amiral deux missions : Celle de porter secours à La Pérouse - parti de Brest en 1785 et dont on est sans nouvelles - et celle de découvrir de nouvelles ressources dans les terres australes inconnues.

Réparties sur les deux fausses frégates, 222 personnes, dont 12 savants, franchissent le goulet de Brest, le 28 septembre 1791.

Chonologie

  • 21 novembre C’est à 15 heures précises, sous un ciel plombé, une bruine légère et dans une ambiance intime, que Francis Joyon a quitté le môle Loïc Caradec au port de la Trinité sur Mer. En ligne de mire, la ligne de départ située à la sortie du goulet de Brest, que le skipper prévoit de couper le lendemain vers 9 heures. "Je me suis décidé tôt ce matin", précise Francis, dont la famille et quelques amis se sont rassemblés sur le ponton. "Bien sûr, poursuit le solitaire, ce n’est pas un départ comme les autres, la part d’inconnu est grande et un tour du monde, ce n’est pas un voyage ordinaire".
  • 22 novembre La ligne de départ est franchie à 8h59’5 4’’ (heure française), le trimaran IDEC s’élance sous GV haute et Solent pour un tour du monde... A bord, la vie sera austère, l’homme s’étant notamment aménagé une « confortable » bannette en contreplaqué lui permettant de dormir sous le dog-house, l’abri qui protège la descente ! Dans un premier temps, IDEC ira chercher un couloir de nord établi au large, afin de « dégolfer » rapidement.
  • 24 novembre Conditions musclées et progression (très) rapide pour Francis Joyon, qui se trouve à 11 heures (heure française) par le travers du détroit de Gibraltar ! " Je suis entre deux grains, avec un petit bout de grand-voile et le tourmentin, j’avance à 19 nœuds ". Dans les surfs, IDEC déboule à 32 nœuds...
  • 26 novembre D’après le relevé de position de 11h00 GMT, le trimaran IDEC a parcouru 1580 milles depuis son départ de Brest, 4 jours et 1 heure plus tôt... Soit une moyenne de 16,28 nœuds sur 97 heures de navigation ! On comprend mieux pourquoi le skipper parle d’un " rythme de Transat ", et attend impatiemment d’avoir mis de la distance entre son navire et les côtes pour pouvoir enfin s’offrir un repos décent.
  • 1erdécembre " Je suis sous le soleil, j’ai quitté le Pot au Noir pour de bon ! J’ai été un peu ralenti, il y avait des grains, mais je n’ai jamais été complètement encalminé. Cela aura été un Pot au Noir exceptionnel ». Francis coupe la " ligne " à 16h20 TU par 26°25’W, et établit du même coup un nouveau temps de référence en solitaire sur le parcours Brest / Equateur, après 9 jours, 8 heures et 20 minutes de mer. Un laps de temps au cours duquel le trimaran IDEC aura avalé 3600 milles effectifs (contre 3150 sur la route directe), à la vitesse moyenne de 16,07 nœuds !
  • 3 décembre" J’ai repris un cap au 170° et il faut que je commence à me positionner pour attraper la première dépression du sud d’ici 3 jours... D’après mes fichiers de vent elle est très nord, et se forme au large de l’Uruguay. Avant d’y arriver, je devrais quand même rencontrer une petite molle, car je vais être obligé de traverser une petite dorsale anticyclonique, mais si j’y parviens sans trop de douleur, d’ici 3 jours je peux attraper les vents de nord générés par la dépression, aux environs de 28° S ».
  • 8 décembre Sur le pont, bermuda et chapeau de soleil ont déserté, au profit de tenues plus adaptées à une température en chute libre. " C’est incroyable la vitesse à laquelle ça baisse ", explique Francis. " Je suis maintenant par 33° sud, et j’ai ressorti les polaires et le blouson ". A quelques jours du grand saut, le skipper vient de passer un excellent week-end sous gennaker, engrangeant les milles pour arriver ce matin à près de 6000 milles avalés depuis son départ il y a 16 jours.
  • 11 décembre A environ 400 milles du cap de Bonne-Espérance, qu’il doit doubler d’ici quelques heures, Francis se trouve d’ores et déjà dans le vif du sujet en termes de conditions difficiles... Force 7 sur le pont, une nuit passée sous GV à 3 ris et tourmentin, suivie au matin d’une désagréable surprise : IDEC a heurté un OFNI (objet flottant non identifié) à plus de 20 nœuds. Sous le choc, la dérive est remontée dans son puits. " J’étais à l’intérieur, et ça m’a bien secoué ", raconte le skipper. Pas de voie d’eau, Francis se dit seulement « contrarié ».
  • 12 décembre Pas mécontent de son coup, " SpeedyJoyon ". Et à juste titre... Passer Bonne-Espérance après 19 jours, 20 heures et 30 minutes en solo, voilà qui en dit long sur la détermination et la finesse d ’analyse météo du skipper. " J’ai envoyé une position à Claude Breton, du WSSRC, lors de mon passage du cap, histoire d’enregistrer un temps de référence ". Et il y a de quoi : seul à bord et sans routeur, Francis s’intercale entre l’actuel et le précédent détenteur du Trophée Jules Verne sur cette portion du parcours !

Temps comparés Ouessant / Equateur
 
Geronimo (2003) : 16 jours, 14 heures, 35minutes
  Orange (2002) : 18 jours, 18 heures, 40 minutes
  IDEC (Solitaire - 2003) : 19 jours, 20 heures, 30 minutes
  Sport Elec (1997) : 21 jours 15 heures 12 minutes

  • 17 décembre " Je suis un peu secoué car le bateau en ce moment, c’est un vrai shaker ! Ça va vite, c’est du vent de travers et pour tout dire c’est assez violent. Ça tape de tous les bords, quand je vais dehors c’est pour me prendre 300 litres d’eau sur le crâne, mais je suis content d’avoir avancé ! Je crois que j’ai fait 480 milles en 24 heures, la moyen ne ne descend pas sous la barre des 20 nœuds ! En ralentissant, j’aurais une mer correcte, c’est la vitesse qui me fait cogner... mais je ne serais pas très à l’aise dans mes baskets de ralentir juste pour mon confort, dans la mesure où je sens que le bateau passe bien et ne souffre pas ". IDEC est en passe de croiser la longitude des Kerguelen (69°30 E).
  • 22 décembre IDEC navigue dans 25 noeuds de vent, sous trinquette et un ris dans la grand voile. Inutile de dire que cela va vite, très vite ! Tellement vite que Francis aura mis moins de temps pour rallier Ouessant - Cap Leeuwin que n’avait mis Olivier de Kersauson et son équipage, lors du Trophée Jules Verne 1997 (30 jours 14 heures et 30 minutes). Avec 30 jours 06 heures et 30 minutes, Francis établit un nouveau temps de référence en solitaire époustouflant.
  • 24 décembre « Je viens de prendre un ris afin de pouvoir vous parler sereinement, mais je surveille en permanence la vitesse du vent en même temps que je parle, car ici le vent est hyper changeant et peut monter très vite. Je marche à plus de 20 nœuds de moyenne et je n’ai pas arrêté de barrer depuis une dizaine d’heures. Je commence à avoir un peu de fatigue et je sens que j’ai un peu de mal à prendre les bonnes décisions. Je vais essayer de bien récupérer ce soir. Je suis maintenant aux antipodes par rapport à vous. Dans quelques heures, il sera minuit à bord quand il sera midi chez vous ».
  • 29 décembre " Ça s’est calmé aujourd’hui, et heureusement car j’ai eu un gros problème : ma ferrure de têtière de grand-voile a explosé. C’est un gros anneau en inox de diamètre 25, vraiment énorme, ça a cassé et au lever du jour la grand-voile est tombée sur le pont. La drisse est restée là-haut, j’ai dû monter au mât mais il y a encore 20 nœuds de vent et 4 à 5 mètres de creux, je n’avais jamais fait ça dans des conditions aussi extrêmes, je me suis fait un peu cabosser dans l’histoire. Cela m’a pris la matinée, car il faut tout préparer : tendre des drisses pour pouvoir se tenir, mettre le baudrier... et c’est un peu de la survie là-haut ». A 8h05 TU, IDEC croise par 52 14.00 S -175 56.00 E.
  • 2 janvier 2004 Francis vient de s’extraire d’une zone de calmes : « A part le froid, les conditions pour naviguer sont bonnes. J’en suis à 5 couches de polaires, mais c’est idéal, j’ai 20 nœuds de vent au portant et le bateau marche à 20 nœuds, cap au 80°, c’est quasiment la route. J’ai eu un petit mail de Jean-Luc Van Den Heede qui me signale avoir vu 2 icebergs par 54°S au moment de passer l’antéméridien. Je suis en veille en permanence dans ma petite bulle, et c’est vrai que j’ai eu des petites alertes. Hier, j’ai traversé un banc de brume, une brume glacée anormale. Je ne vo yais rien, mais je me disais bien que c’était le genre de paysage propice aux icebergs »
  • 7 janvier « C’est Verdun. A l’approche du cap Horn, il faut casser du matériel, c’est la tradition ", s’amuse Francis alors que dehors, on entend distinctement les déferlantes frapper le flanc du trimaran IDEC... A un moment c’est arrivé si vite que je n’ai pas eu le temps de rouler le Solent, et l’émerillon de l’enrouleur a cassé. La voile est passée à l’eau, et faisait ancre flottante ". Il a donc fallu arrêter le bateau, se battre 4 heures durant pour hisser l’énorme toile sur le pont, tâchant d’éviter qu’elle fasse trop de dégâts... " J’ai fini par la saucissonner proprement, mais les filières et le balcon en ont pris un coup ",
  • 10 janvier : 10h21 TU, Francis Joyon devient cap-hornier.

« Hier soir, je suis arrivé à la côte par le nord, et le vent accélérait très fort. J’avais le petitgennaker, un ris dans la grand-voile, j’étais en distribil total, il a fallu que j’affale tout hyper rapidement. Dans la nuit j’ai descendu sous 3 ris avec la petite trinquette au portant, j’ai tiré des bords le long de la côte. En passant sous le vent des îlots, j’ai senti l’odeur du guano, je suis passé vraiment très près du cap, peut-être à un demi-mille »...

Trimaran IDEC, parcours Brest / Cap Horn : 49 jours, 2 heures, 21 minutes.

  • 14 janvier IDEC repart progressivement après avoir été englué dans les calmes... ce qui aura au moins eu le mérite de laisser à Francis le temps de réparer son Solent tombé à l’eau le 7 janvier. « Pour l’instant, j’ai une houle assez gentille, et je fais route au nord car c’est le seul bon passage. Une dépression placée dans mon sud génère des vents qui vont progressivement passer au portant et se déplacer avec moi, ce qui fait que je ne suis pas inquiet pour la suite : je vais rester très près des côtes pendant environ 800 / 1000 milles, mais en progressant bien, ça se présente pas mal ! "
  • 19 janvier A 64 milles des côtes brésiliennes, enveloppé dans un épais brouillard, Francis tente de gagner dans l’est afin d’accrocher un couloir de vent situé à environ 150 milles devant ses étraves : « le temps que je perds aujourd’hui sera regagné par la suite, car pendant que je piétine ici, le Pot au Noir reprend une taille normale et devrait être assez facile à traverser lorsque j’y arriverai. Je suis un peu dans les grains et la pétole, mais j’ai retrouvé un petit peu d’air. J’ai passé toute la nuit avec des nuages qui faisaient tourner le vent sur 360°, je suivais le vent en faisant tout le tour... le bateau était secoué dans tous les sens car il y a de la houle. J’avais du vent de sud qui m’a bien aidé à monter jusqu’ici, mais en face de moi il y a le nord - nord est de l’alizé, et cela fait une mer assez confuse ».
  • 23 janvier « Ça commence à sentir la Bretagne », s’enthousiasme Francis Joyon tout heureux d’avoir fait son retour dans l’hémisphère nord. C’est en effet à 8h25 TU que le trimaran IDEC a de nouveau coupé l’équateur par 32° ouest, après 62 jours et 25 minutes de mer. Naviguant de nouveau à un rythme « décent » - environ 15 nœuds - et galvanisé par la perspective de cette dernière ligne droite, le skipper subissait avec philosophie des conditions de navigation plutôt difficiles. Sous grand-voile à un ris et trinquette, le trimaran IDEC cogne dans une mer chaotique et met à rude épreuve les vertèbres de son skipper. « Mais au moins, j’avance et ça joue énormément sur mon moral ».
  • 27 janvier " Je vais avoir du bricolage, car là j’ai une voie d’eau ", explique Francis (par 20 03.00 N 34 24.00 W ) le plus calmement du monde... " Il y a un trou à l’avant du flotteur bâbord, et l’eau est entrée dans un des compartiments. Je ne sais pas comment ça a pu se produire, c’est marrant parce que c’est un trou presque rond, sur le côté, comme si quelque chose de pointu avait percuté le flotteur. Quand il engage, je vois bien l’eau y pénétrer et en ressortir. A la limite, la seule manière de réparer, s’il y a calme plat, c’est d’y aller à la nage avec du mastic époxy, car c’est impossible d’y accéder autrement. Mais avec un bon petit harnais... " !
  • 28 janvier " Je suis par 23°41 N et 33°02 W, finalement j’ai pu continuer à avancer cette nuit, il me restait un peu de vent ". Une fois de plus, Francis Joyon aura donc démenti les prévisions pessimistes de ses fichiers météo - principalement en se battant toute la nuit pour tirer profit de la moindre risée...
  • 30 janvier A 1500 milles de l’arrivée, Francis pense boucler son tour du monde en 73 jours et cherche à optimiser sa trajectoire : « je vois un gros front noir à 20 milles de moi, et je pense qu’après son passage je devrais pouvoir me recaler sur une route plus directe. Pour l’instant, j’ai cap au nord, à 10°, mais c’est provisoire... Quoi qu’il arrive j’aurai des vents forts à l’arrivée, ce sera de l’ordre de 35 / 40 nœuds ».
  • 1erfévrier « J’ai bien avancé cette nuit, j’ai fait plus de 400 milles et ça me met à environ 780 milles de l’arrivée ». Dans un flux de sud ouest établi de 20 - 25 nœuds, cap au 60°, le trimaran IDEC déboule à grandes enjambées, direction le goulet de Brest et la ligne d’arrivée... « J’y serai tranquillement mardi matin » - tranquillement n’étant pas forcément le mot le plus adapté, dans la mesure où des vents de 35 - 40 nœuds doivent cueillir le solitaire à l’approche des côtes bretonnes.
  • 2 février, à moins de 24 heures de l’arrivée...« Traditionnellement, la dernière nuit est blanche, et ça ne devrait pas déroger à la règle ». A 330 milles de Brest, Francis Joyon s’apprête à passer sa dernière nuit seul à bord, « dans un vent qui forcit et avec une mer qui grossit »... 3 février - 7h 54mn, 16s : Francis Joyon franchit la ligne d’arrivée de son tour du monde en solitaire dans une mer déchainée. Il pulvérise ainsi le temps du record du tour du monde en solitaire, en 72 jours, 22 heures, 54 minutes et 22 secondes.

Ils ont dit

 Thomas Coville (skipper du trimaran Sodebo, co-détenteur du Trophée Jules Verne de 1997 à 2002) : « Francis est sans nul doute le meilleur solitaire de s 15 dernières années. Il a un physique exceptionnel et rien ne l’arrête. Là où certains lâchent prise, lui il tient. Il traverse l’Atlantique comme d’autres emmènent leur famille au camping. Il n’a aucune appréhension. Il a fait le tour des emm... A terre, il a les ailes qui touchent par terre. Francis, il faut le traduire. Avec lui, il faut avoir de la patience, attendre. Et pourtant, paradoxalement, c’est un impatient ! » .

 Jean-Luc Van den Heede (actuellement à bord d’Adrien pour une tentative de recordautour du monde à l’envers) : « Ce temps canon au Horn veut tout simplement dire que Joyon est un grand marin (...) Je souhaite vraiment qu’il rencontre de très bonnes conditions de navigation dans la remontée de l’Atlantique pour qu’il confirme ainsi ce chrono exceptionnel qui sera dans l’avenir très dur à battre en solo, même avec un multicoque neuf ».

 Marc Guillemot, ski pper du trimaran Biscuits La Trinitaine : « Salut Francis, c’est un vrai bonheur de te suivre, ici à terre on prépare la saison prochaine et j’espère bien que tu seras avec nous pour défendre ton titre à L’Ostar ! »

 Roland Jourdain (troisième du dernier Vendée Globe) : « Impressionnant ! J’aime autant qu’il ne dispute pas le prochain Vendée Globe... Il aurait été terriblement dangereux ! Je connais le bonhomme pour avoir navigué avec lui. Je sais aussi comment est le « bûcheron », et la force qu’il doit employer pour réussir ce qu’il fait. Ce bateau n’était pas non plus le mieux préparé pour cela ; c’est un trimaran d’un certain âge et conçu, dernièrement, pour un équipage. Il faut gérer cet ensemble, c’est dur ! Et il le fait à merveille ! Francis ne se prend pas la tête. Il navigue à son image, un peu comme lorsqu’il devait repeindre son bateau : il mettait le flotteur sur un quai et il prenait son rouleau. Pas de détail. Simple et efficace. Je suis tellement content pour lui. Il prouve qu’il y a d’autres façons de naviguer. Chapeau bas ».

 Bruno Peyron (détenteur du Trophée Jules Verne) : « Vous n’imaginez pas à quel point je suis jaloux (...) J’aurais voulu être le premier à descendre sous les 80 jours en solo. Ce ne sera pas moi mais lui, et j’en suis ravi. Ce que Francis est en train de réaliser est époustouflant ! Il nous fait une démonstration physique, pleine de bon sens, d’économie et de belle navigation ».

 Franck Cammas (champion ORMA 2003) : « Ce que réalise Francis est une performance exceptionnelle. Je suis bluffé : il ne fait pas d’erreurs, ou de très minimes. Lors de la descente de l’Atlantique, il a eu un peu de réussite, en particulier lors du passage du Pot au Noir, mais ensuite dans le Grand Sud, une zone qu’il ne connaît pas, il effectue un sans faut e en termes de navigation. Et il tient un rythme quasi équivalent à celui d’un équipage complet ! Incroyable ! »

Bernard Stamm (vainqueur de la dernière édition d’AroundAlone) : « Je n’ai jamais douté de Francis, car le personnage a une volonté de fer. Quand on sait qu’il est monté seul en haut de son mât de 33 mètres, en plein Pacifique Sud, pour réparer sa têtière de grand-voile, puis qu’il a sauvé son Solent tombé en mer après la rupture de l’émerillon de l’enrouleur ! Je vois bien la galère et le boulot que cela représente déjà sur nos monocoques de 60 pieds... chapeau ! Et tout ça sans se plaindre... J’espère qu’il arrivera au bout, sans connaître de casse, il le mérite vraiment ».

 Philippe Monnet (auteur d’un tour du monde en solitaire à bord du multicoque Kriter) : Francis "réalise actuellement un véritable exploit, c’est un aventurier au sens noble du terme. Il a su jusqu’à maintenant bien gérer la solitude, la météo, la navigation et a préservé son trimaran pour la suite du voyage, il fait un sans faute". 

Témoignages recueillis sur le site internet www.trimaran-idec.com & parus dans la presse quotidienne (dont L’Equipe et Le Télégramme).

La joie du Joyon qui a fendu le Fogg

Premiers commentaires au retour sur terre brestoise

Credit mer et media

Le solitaire le plus rapide de la planète a posé pied à terre au port du Moulin Blanc à Brest ce matin vers 10 heures, après avoir amarré son trimaran à l’abri dans le port de commerce. Grosse houle, vent de plus de 35 nœuds, la rade de Brest avait un petit air de « latitude hostile » pour saluer l’exploit de Francis Joyon, nouveau détenteur du record du tour du monde en solitaire !

Il avait prévu de passer la ligne vers 8 heures, et c’est avec sa proverbiale ponctualité qu’il a présenté les étraves de son coursier à l’entrée du goulet de Brest à 7 heures, 54 minutes et 16 secondes !

Francis Joyon s’est tranquillement placé sous le vent de la pointe des Espagnols pour permettre à sa famille de grimper à bord, et c’est à sec de toile, sous un lever de soleil rougeoyant, qu’il s’est ensuite paisiblement dirigé vers le port... Les mauvaises conditions météo n’ont pas permis de venir amarrer IDEC au port de plaisance comme cela était initialement prévu, et c’est donc à bord d’une vedette que le héros du jour a rallié le ponton au Moulin Blanc.

Petite séance photo traditionnelle, champagne, le tout dans un calme imposé par l’attitude flegmatique d’un skipper qui avouait encore hier redouter quelque peu ce premier contact. Francis s’est rapidement éclipsé vers une salle où l’attendait un repas digne de ce nom, avant de se soumettre au feu croisé des questions des représentants de la presse...

Pas moins de 300 personnes étaient au rendez-vous ! Le regard perdu mais le verbe sûr, Francis est revenu sur les temps forts de sa navigation, prévoyant qu’il lui faudrait « patienter encore un peu pour prendre la mesure de l’événement ». Morceaux choisis...

Un projet mûr

« J’avais imaginé de faire cela il y a une dizaine d’années, puis je m’étais dit qu’il fallait vraiment être complètement fou pour partir d’un endroit et revenir au même après avoir fait un tour du monde sans avoir rien vu... Donc j’avais conclu qu’il fallait attendre encore un petit peu. Mais cette année, ça devait être la bonne année pour le faire ».

Plaisirs de mer

« Je ne privilégiais pas le fait de barrer, le pilote faisait mieux que moi assez souvent. Quand je faisais des grosses journées de barre, c’était pour le plaisir. Quand le bateau déboule à 30 nœuds dans les surfs, dévale la houle, c’est plaisant. Je me faisais des après-midi voile ».

Angoisses...

« Même si c’était facile de le cacher, tu te doutes bien qu’en 72 jours, ça n’a pas été sans misère et inquiétude, c’est le lot quotidien de l’humanité ».

Grand Sud...

« Ça a été à la mesure de mes appréhensions, c’est vrai que c’est très impressionnant. Au niveau découverte, c’est quelque chose de tout à fait étonnant. Je pensais en arrivant cette nuit, on est par 48° nord, mais par 48° sud il fait beaucoup plus froid, alors que c’est l’été austral... Ce sont des choses surprenantes, pas toujours faciles à comprendre, même si on sait que la calotte polaire génère énormément de froid.

La vie marine est très impressionnante aussi, il y a des zones où j’ai vu beaucoup de cétacés, les oiseaux de mer, c’est vraiment du quotidien. Autant c’est exceptionnel dans l’Atlantique Nord d’en voir, autant là j’avais parfois jusqu’à 30 - 40 oiseaux de mer autour du bateau ! Le bateau remue beaucoup d’eau, c’est un peu « chalutier » comme sillage, ça remuait beaucoup de poissons, de vie marine, et les oiseaux en profitaient pour pêcher derrière le bateau ».

Cap Horn

« C’est l’aboutissement, la sortie du Grand Sud. On laisse derrière soi toute la folie, la grandeur et aussi les inquiétudes du Grand Sud. Ensuite, on se retrouve à remonter très rapidement puisque le lendemain, j’étais aux Falklands, 6 jours après j’étais à la latitude de Rio... »

Solitaire jusqu’au bout « Ce que j’ai envie de faire là, tout de suite ? Je pense que je vais prendre mes jambes à mon cou ! »   Record

"Quelqu’un peut partir la semaine prochaine et battre le record, tout est possible. Mais j'espère avoir donné du travail à ceux qui passeront après".

  • Une performance historique !

Francis Joyon a passé ce matin, mardi 3 février 2004, à 7H 54 mn 16 sec (6H54mn TU) la ligne d’arrivée du Record du Tour du Monde en Solitaire.

Un passage effectué dans des conditions météo musclées : mer formée et vent soufflant à plus de 35 noeuds.

Parti de Brest le 22 novembre dernier à 8H 59 mn 54 sec (heure locale), le navigateur du trimaran IDEC aura mis 72 jours 22 heures 54 mn 22 sec pour boucler sa circumnavigation. Pulvérisant tous les records autour du monde en solitaire, Francis Joyon entre dans la légende.